6 février 2015

Définir la prospérité par la croissance inclusive

Comment définir la prospérité? Le terme est galvaudé s’il en est un. Jour après jour, la prospérité se conjugue à toutes les sauces dans les médias. Pourtant, la question est d’autant plus pertinente que le sens du terme est plus souvent qu’autrement pris pour acquis et les écrits qui y font référence se passent généralement du besoin de bien le définir. De sorte que le concept débouche trop souvent sur une association « naturelle » avec la croissance économique estimée quasi exclusivement au regard de l’évolution du PIB. Certes, la prospérité renvoie spontanément à l’idée d’une croissance ou d’un développement favorable à la qualité de vie. Mais de là à conclure que la croissance du PIB est le seul sinon même le meilleur indice d’une société prospère, c’est oublier le lien intrinsèque avec le bien-être collectif et individuel. Sans aucun doute, une véritable prospérité est tout à la fois économique, sociale, environnementale, culturelle, etc. Et, dans un territoire comme celui du Québec, on ne peut raisonnablement opposer une région à une autre, la prospérité doit englober le développement de tous les territoires et favoriser le bien-être collectif de tous, partout.

Il y a quelques mois, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a publié un nouveau rapport appelant les pouvoirs publics à adopter des politiques en faveur d’une croissance inclusive en réduisant les inégalités et en améliorant le bien-être.

Le rapport, intitulé « Rendre la croissance plus inclusive pour améliorer le bien-être et renforcer l’économie » (1) , fournit des données concrètes sur les impacts des inégalités. Il indique que les bénéfices de la croissance ont été captés de façon disproportionnée par les plus hauts revenus et offre aux pouvoirs publics la possibilité d’évaluer les effets variables des mesures qu’ils adoptent sur différentes catégories sociales.

Le rapport souligne que les inégalités sont néfastes pour les économies. Angel Gurria, secrétaire général de l’OCDE, souligne qu’il ne suffit pas de mettre en œuvre des politiques de croissance, mais  qu’il faut aussi veiller à ce que les effets positifs de la croissance soient partagés pour tous. Selon les auteurs de ce rapport, les politiques économiques et sociales doivent être conçues de manière à favoriser à la fois l’équité et la croissance, en visant notamment l’amélioration de l’accès à l’enseignement, à des services de santé et à des infrastructures publiques de qualité.

Ce constat de l’OCDE, qui vient confirmer les résultats d’études précédentes réalisées par la même organisation, démontre l’importance d’innover dans les approches de développement pour assurer une croissance inclusive.

Ce virage vers une croissance inclusive et intelligente (« inclusive smart growth »), allant au-delà d’une simple croissance du PIB, est également au cœur de la vision de l’Europe 2020 portée par la Commission européenne.  La prospérité de l’économie québécoise serait certainement renforcée si nous nous inspirions de cette orientation européenne et que nous nous tournions davantage vers une économie inclusive assurant des emplois durables, une meilleure productivité et une plus grande cohésion sociale.

Sans être à l’abri des écarts grandissants entre riches et pauvres, le Québec dispose déjà de plusieurs facteurs qui jouent en faveur d’une croissance inclusive, dont  la diversité de sa base économique, non seulement sur le plan sectoriel mais également sur le plan des formes d’entreprises. Henry Mintzberg, professeur et chercheur à la Faculté de gestion de l’Université McGill et expert reconnu internationalement dans le domaine l’a bien souligné : « Le Québec possède une des économies les plus saines en Amérique du Nord, notamment parce qu’il a su préserver l’équilibre entre les secteurs publics, privés et communautaires […] Cela dit, le Québec doit faire face à d’énormes défis, notamment en raison de la globalisation de l’économie et de la stagnation de sa démographie. La pire réponse à ces défis serait de copier nos voisins du Sud pour demeurer compétitifs et plus productifs. La meilleure compétition consiste à ne pas entrer en compétition mais plutôt de miser sur ce qui nous distingue, sur nos forces… ».

La prospérité du Québec devra s’appuyer en premier lieu non pas sur une simple vision de croissance économique, mais sur une vision et une volonté de stimuler une croissance inclusive au bénéfice de tous. Ce que nous devons construire c’est un Québec de plus en plus prospère, partout, pour tous!

(1) All on Board: Making Inclusive Growth Happen, OCDE, Mai 2014 (Version anglaise)
http://www.oecd.org/inclusive-growth/All-on-Board-Making-Inclusive-Growth-Happen.pdf