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L’appel du gouvernement à « acheter local » a suscité un grand enthousiasme au Québec. La population est de plus en plus consciente de l’importance que peut avoir ses achats sur le développement local et est prête, outre le prix, à considérer d’autres facteurs au moment « d’acheter ». Cet appel et ce nouvel engouement favorisent un grand nombre d’entreprises collectives, dont 75% desservent un marché local ou régional. Plusieurs d’entre elles ont d’ailleurs été créées pour maintenir des services de proximité et, dans ce contexte de crise, l’effet sur leurs ventes se fait déjà sentir. Or, des questions demeurent : Doit-on privilégier le détaillant ou le produit? Est-ce que l’achat local est une responsabilité individuelle ou partagée avec les entreprises et les gouvernements ?

 

Quels mécanismes (plateformes, politiques d’achats, campagne de sensibilisation ou de visibilité) peuvent aider les consommateurs à passer de l’intention à des gestes concrets? Quels moyens peuvent soutenir les entreprises locales à rejoindre cette clientèle?

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Relance de l’emploi et conditions de travail – La pandémie de COVID-19 a fait grimper dramatiquement le taux de chômage au Québec, du jamais vu depuis les années 70. Dans certains cas, la relance des activités entraînera des réembauches. Est-ce l’occasion de repenser une partie de l’organisation du travail, par exemple en permettant plus de télétravail ou en mutualisant certaines expertises ou infrastructures à l’échelle locale pour soutenir les entreprises qui ne fonctionneront pas à pleine capacité?

Dans d’autres secteurs, la relance est incertaine et la crise a exacerbé des défis qui existaient déjà (par exemple, la consolidation de grandes plateformes numériques et l’impact sur la production et la diffusion d’offres culturelles, la distribution des revenus de publicités, etc.).

Pour permettre à ces secteurs de « survivre », une redéfinition de leur fonctionnement et de leur modèle d’affaires est inévitable.

Dans tous les secteurs, la crise a démontré l’importance de certains services essentiels qui, traditionnellement sont très peu valorisés (entretien ménager, préposé aux bénéficiaires, couture, transport et livraison, etc.).

Face à l’ampleur des réembauches attendues, plusieurs questions sont à se poser. Comment s’assurer que les services essentiels soient fournis par des travailleurs/travailleuses compétent(e)s et dévoué(e)s et que leurs conditions de travail reflètent l’importance de leur travail ? Comment assurer le maintien et la redéfinition de secteurs particulièrement fragilisés par la crise ou dont les modèles d’affaires sont en pleine mutation? Comment soutenir le développement de nouvelles compétences et façons de faire?

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La crise a mis en lumière la fragilité de notre secteur agricole, dépendant de main-d’œuvre étrangère pour une grande part de sa production et limitée par des mécanismes de distribution qui minent les capacités de mettre en place des circuits courts ainsi que notre dépendance à l’importation de certains produits. Par ailleurs, depuis plusieurs années, partout au Québec des initiatives se développent pour répondre à une volonté palpable de produire et consommer de façon plus durable – notamment par des circuits plus courts ou des pratiques plus durable sur le plan environnemental – et d’assurer l’accessibilité aux aliments locaux. On peut citer en exemples les fiducies agricoles pour rendre accessibles et pérennes des terres cultivables, des marchés de solidarité, la production et la distribution de repas pour des clientèles vulnérables, l’agriculture soutenue par la communauté, les coopératives alimentaires et les restaurants populaires. Il s’agit de pratiques locales qui gagneraient à être connues et reproduites et qui ont le potentiel de structurer une partie de la production et de la consommation alimentaire à l’échelle du Québec. Que faut-il de plus pour développer des systèmes alimentaires viables, durables et accessibles dans toutes les régions du Québec qui assurent l’autonomie alimentaire de nos communautés et la sécurité alimentaire de tous?

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Soins/services aux personnes vulnérables- La fragilité de notre filet social était déjà connue mais peu pris en compte (voire minimisée). La crise a dévoilé toute l’ampleur des lacunes du système pour assurer une qualité de vie décente et sécuritaire aux personnes vulnérables, en premier lieu nos aînés, mais aussi les personnes en situation d’itinérance ou de dépendance et ceux vivant avec des limitations physiques ou mentales et leurs familles.

Non seulement les conditions difficiles, voire déplorables, que subissent ces populations ces dernières semaines sont un problème, mais il est clair que le système en place, incluant les services publics surchargés et centralisés et des services privés à l’accessibilité et la qualité très variables, ne sont pas adéquats pour y faire face. Par ailleurs, les conditions de travail des personnes qui fournissent ces soins, principalement des femmes, se sont aussi révélées aussi insuffisantes que fondamentales pour assurer une qualité de soins partout au Québec. Rappelons que les conditions de vie des plus vulnérables, c’est l’affaire de tous.

Déjà, plusieurs entreprises collectives œuvrent dans ces services pour permettre aux personnes avec des capacités limitées de vivre dignement, dans la mesure du possible chez eux ou proches des leurs dans des conditions décentes, peu importe leur communauté ou leurs moyens financiers. Malgré leur caractère essentiel, ces entreprises sont peu valorisées. Entreprises d’économie sociale en soins à domicile, centres de répit pour proches aidants, centres d’intervention en dépendance, etc. Comment assurer une qualité de vie décente aux personnes vulnérables en misant sur la prise en charge local des besoins par la communauté ? Comment ces modèles existants peuvent inspirer pour créer une offre de services adéquate, accessible et équitable?

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La transition écologique est le passage à un modèle économique plus durable qui renouvelle nos façons de consommer, de produire, de travailler, de vivre ensemble afin de respecter les limites écologiques de notre planète. Elle se compose de plusieurs volets interdépendants tels que la transition agroalimentaire, la transition industrielle (production de biens plus durables, recyclables et facilement réparables), la préservation de la biodiversité et la transition énergétique.

Au Québec comme ailleurs, ce processus peine souvent à avancer pour plusieurs raisons, entre autres, une résistance persistante à ne plus investir dans des secteurs non écologiques (ex. gaz de schiste, engrais chimiques, pétrole, infrastructures routières, etc.) au profit d’investissements  dans des alternatives plus écologiques. La difficulté aussi pour les consommateurs d’effectuer des choix en phase avec leurs valeurs par manque de moyens ou de choix y jouent pour beaucoup. L’insuffisance de centres de tris et de projets de valorisation de matières résiduelles à travers le Québec qui exacerbent le gaspillage et l’accumulation de déchets illustre très bien ce décalage entre l’intention et les moyens pour y arriver. L’investissement massif à prévoir dans la relance pourrait être l’occasion de multiplier les projets visant la transition écologique (solutions plus efficaces de transport mutualisés, de rénovations vertes) et de mettre d’autres projets sur la table qui répondent aux besoins des collectivités et réduisent notre empreinte écologique. Quels seraient les leviers les plus efficaces pour favoriser cette transition écologique, en misant sur la prise en charge collective ?

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