Le Chantier a 20 ans !

Le 26 avril 1999, le Chantier tenait son Assemblée générale de fondation et officialisait du même coup sa création. C’est donc avec fierté que nous avons célébré cette année le vingtième anniversaire du Chantier de l’économie sociale ! Mais ceux et celles bien au fait de l’histoire vous diraient « pas si vite ! », car le travail avait débuté bien avant : en réalité, le Chantier a… 23 ans !

En effet, en 1996, à l’issue du Sommet sur l’économie et l’emploi, un Groupe de travail sur l’économie sociale est créé sous la présidence de Madame Nancy Neatman. Au fil des ans, plus que satisfait du travail et de la démarche du Groupe, les acteurs et les partenaires du milieu décident d’assurer sa pérennité. Ainsi, le Groupe de travail sur l’économie sociale devient une corporation autonome le 26 avril 1999 et le Chantier tel qu’on le connaît aujourd’hui est né. Rappelons que même avant son incorporation officielle, le Chantier était déjà très actif : il a notamment contribué à la création du RISQ et du CSMO-ÉSAC, deux organismes aujourd’hui incontournables en économie sociale.

En 20 ans, plusieurs personnes ont marqué l’histoire du Chantier. La toute première adjointe du Chantier de l’économie sociale, Madame Lise Boisvert, fut définitivement l’une d’entre elles. Il faut se rappeler que durant les premières années de son existence, l’équipe qui composait le Chantier était beaucoup plus petite qu’aujourd’hui. À l’époque, les bureaux de l’organisation se situaient dans les locaux de la tour du Complexe Desjardins et madame Boisvert était la secrétaire particulière de Monsieur Claude Béland, alors président du Mouvement Desjardins. Par la suite, Madame Boisvert est devenue adjointe administrative au Chantier. Il n’aurait pas pu y avoir un meilleur choix qu’elle pour occuper ce poste!

« Lise incarnait l’essence même du Chantier, qui est d’être au service de l’économie sociale. », témoigne Patrick Duguay, ancien président du Chantier avec qui Mme Boisvert a étroitement travaillé durant plusieurs années. Il va sans dire que l’apport de Madame Boisvert à l’organisation a été inestimable. Malheureusement, Madame Boisvert nous a quitté en 2011 des suites d’une maladie. Preuve de la marque qu’elle a laissée, une des salles de réunion de la Maison de l’économie sociale a été nommée en son honneur.

 

Le 1er octobre 2001, le Chantier inaugurait la première Maison de l’économie sociale du Québec. Alban D’Amours, président et chef de la direction du Mouvement Desjardins à l’époque et Pauline Marois, alors vice-première ministre et ministre d’État à l’Économie et aux Finances étaient présents à cet événement.

Située dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve, la Maison abritait le Chantier de l’économie sociale, bien entendu, mais également le Comité sectoriel de main-d’œuvre de l’économie sociale et de l’action communautaire (CSMO-ÉSAC), le Réseau des Ressourceries du Québec et le Réseau québécois des groupes écologistes, le Front commun pour une gestion écologique des déchets, Action RE-buts, et plus tard, le Réseau d’investissement social du Québec (RISQ) et la Fiducie du Chantier de l’économie sociale.

Voici un extrait d’un texte paru dans la revue Recto Verso, à l’époque : « Elle s’enracine au Québec depuis plus de 100 ans. Partout, elle mobilise des femmes et des hommes qui œuvrent pour un développement solidaire et une économie plurielle. Depuis cinq ans, le Chantier de l’économie sociale est devenu cet espace national de concertation, de promotion et de développement. L’économie sociale du Québec a aujourd’hui sa maison, dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve de Montréal. »

À l’hiver 2002, le Chantier de l’économie sociale a pris part au 2e Forum social mondial, à Porto Alegre, au Brésil. Nancy Neamtan, à l’époque PDG du Chantier, a participé activement aux travaux du Forum. Attestant qu’une autre mondialisation est possible et qu’elle se développe partout dans le monde, Madame Neamtan a été invitée à prononcer une conférence qui traitait de « l’économie solidaire comme forme de radicalisation de la démocratie ». Cette première participation au Forum social mondial ne fut pas la dernière. Déjà l’année suivante, le Chantier retournait au Forum et cette participation a ouvert des perspectives d’échanges concernant les politiques publiques et la formation des entrepreneurs collectifs.

Il est impressionnant de voir que dès ses premières années d’existence le Chantier était déjà présent et actif sur la scène internationale afin, entre autres, de partager sa vision d’une économie plurielle et solidaire, en plus de présenter les initiatives en la matière au Québec.

En vingt ans d’existence, le Chantier a organisé bon nombre d’événements marquants et rassembleurs. Le Rendez-vous national des acteurs de l’économie sociale, en novembre 2003, est un de ceux-là. Sous le thème « Développer et convaincre par l’action », ce Rendez-vous a été l’occasion de mettre sur la table un certain nombre de stratégies visant à la croissance de l’économie sociale, de se pencher sur ses avancées, mais aussi, sur les défis à venir.

Des représentants des régions et de différents regroupements sectoriels, des promoteurs et gestionnaires œuvrant dans les entreprises d’économie sociale, de même que des organismes partenaires étaient invités à prendre la parole et à témoigner de leur expérience. Plusieurs éléments sont ressortis de ce Rendez-vous, dont le lancement de la vaste campagne de promotion Valeurs Ajoutées : L’économie sociale, ça parle d’argent et de valeurs humaines. Cette campagne, qui a connu un beau succès, était destinée à rallier les gens autour du mouvement de l’économie sociale au Québec!

En 2004, avec l’arrivée de nouveaux gouvernements au fédéral et au provincial, le Chantier met sur pied une grande campagne de lobbyisme « économie sociale » : Le Temps des Semences. Les objectifs de cette campagne étaient de remettre le développement de l’économie sociale à l’agenda du gouvernement du Québec, s’assurer que le discours économie sociale ne soit pas seulement l’apanage du chef du gouvernement à Ottawa mais qu’il soit aussi compris et partagé par tous les députés et ministres. Le but était de s’inscrire résolument dans les dynamiques de développement des municipalités et, bien sûr, faire valoir que l’économie sociale est un mouvement, pas seulement l’addition de quelques initiatives sectorielles.

Ainsi, à l’automne 2004, le Chantier a orchestré, dans toutes les régions du Québec, une première série de rencontres officielles, avec les ministres, des députés ainsi qu’avec des élus municipaux. Une trousse médias avait été développé pour accompagner ceux et celles qui allaient déployer la campagne sur leur territoire (incluant un CD-ROM…!) et la campagne a également été relancée à la fin 2005.

2006 marque l’année de la création de la Fiducie du Chantier de l’économie sociale, et par le fait même, l’arrivée d’un outil financier incontournable et sans précédent pour les entreprises d’économie sociale. La Fiducie est le fruit d’une longue démarche qui a été initiée par le Chantier afin de répondre aux besoins de capitalisation des entreprises collectives. Rappelons qu’à ce moment, le seul outil financier spécialement dédié aux entreprises d’ÉS était le Réseau d’investissement social du Québec qui peut octroyer un financement maximum de 50 000$.

Le besoin de solutions en matière de véhicules de financement et de soutien à la croissance des entreprises collectives était donc criant, comme l’avait déclaré la présidente du Chantier de l’époque, Mme Neamtan : « Bien que divers produits de financement soient offerts, aucun d’entre eux n’offrent des prêts de capital patient et ces entreprises n’ont pas accès à un marché secondaire leur permettant un approvisionnement supplémentaire en capitaux ». C’est d’ailleurs ce qu’avaient confié les administrateurs du Chantier au Premier ministre du Canada de l’époque, Paul Martin, lors de sa visite à la Maison de l’économie sociale : « ce dont on a besoin, c’est un outil de capitalisation à la hauteur des ambitions des projets des entrepreneurs en économie sociale ». 

Ainsi est née la Fiducie du Chantier de l’économie sociale, acteur majeur et indispensable de l’écosystème de l’économie social au Québec. Et, à ce jour, la Fiducie est synonyme de plus de 69M$ de prêts autorisés dans plus de 212 entreprises d’ÉS, 261 projets et 4133 emplois créés et maintenus !

La Cité des arts du cirque, la TOHU, a ouvert ses portes il y a déjà 15 ans, à l’été 2004. Ce fut non seulement un projet considérable de revitalisation pour le quartier Saint-Michel, mais la TOHU a aussi permis au Chantier de réaliser un important mandat d’accompagnement dans l’intégration des concepts de développement durable.  Le Chantier a encadré la démarche de construction écologique qui s’est concrétisé par un immeuble certifié LEED. La TOHU a d’ailleurs remporté deux Brownie décerné par la Canadian Urban Institute, soit un dans la catégorie Architecture verte et innovation technologique et le grand prix du Meilleur projet d’ensemble.

Le Chantier a également été responsable de l’implantation de pratiques d’économie sociale dans les actions de la TOHU, que ce soit la mise en place de contrats de service avec des entreprise d’ÉS ou la création d’emplois pour les résidents du quartier. Encore aujourd’hui, le Chantier est extrêmement fier d’avoir pu contribuer directement au succès d’une entreprise d’économie sociale comme la TOHU.

De septembre à la fin novembre 2006 se tenait la Saison de l’économie sociale et solidaire. Organisé par le Chantier de l’économie sociale et ses partenaires, le lancement de cette saison se déroula à la TOHU en présence des porte-parole de l’événement : Claude Béland, ancien président du Mouvement Desjardins, Clément Guimond, coordonnateur général de la Caisse d’économie solidaire Desjardins, Laure Waridel, cofondatrice et présidente d’Équiterre et Nancy Neamtan présidente-directrice générale du Chantier de l’économie sociale. Cet événement national regroupa plus de 70 activités. Dans toutes les régions du Québec, diverses organisations participèrent à cette saison qui mettait en valeur des initiatives issues des entreprises collectives. Les activités se clôturèrent à la mi-novembre, à Montréal, avec la tenue du Sommet de l’économie sociale et solidaire où plus de 600 intervenants et délégués y prirent part. Il s’agissait d’un événement d’envergure pour le Chantier qui disposait de beaucoup moins de ressources qu’aujourd’hui!

Le Forum international de l’économie sociale et solidaire (FIESS) a sans aucun doute été l’événement spécial de l’année 2011 en économie sociale et pour le Chantier ! S’étendant sur quatre jours, le premier (et seul!) FIESS a rassemblé plus de 1 500 personnes en provenance de 65 pays différents.

Le forum a, entre autres, démontré la capacité de mobilisation de l’économie sociale et solidaire. Il a aussi témoigné d’un travail étroit entre le mouvement de l’économie sociale et solidaire et les mouvements sociaux (femmes, syndicats, etc.). De plus, la présence d’organisations autochtones tout au long du FIESS et le discours d’ouverture prononcé par M. Ghislain Picard, chef des Premières Nations, auront aussi permis de consolider l’alliance entre économie sociale et les peuples autochtones. Il est également important de souligner l’intérêt et la force du partenariat qui s’est tissé avec les radios communautaires, tant celles du Québec que celles à travers le monde. Par cette voie, le FIESS a été couvert dans plusieurs pays sur tous les continents !

Créée en 2000, l’Alliance de recherche universités-communautés en économie sociale (ARUC-ÉS) a été le premier centre de recherche interuniversitaire québécois entièrement consacré à la recherche partenariale en économie sociale. Le Chantier a activement participé à sa création et Nancy Neamtan, présidente-directrice-générale du Chantier, a assuré la présidence et la codirection de l’Alliance durant des années. 

Ce consortium de recherche en économie sociale réalisait des activités de réflexion, de recherche et de valorisation des connaissances en économie sociale. Comme prévu, l’ARUC-ÉS a cessé ses travaux en décembre 2009 et a largement contribué à la reconnaissance et à l’essor de l’économie sociale comme outil de développement social, culturel, politique et économique du Québec.