4 novembre 2019

Quand parlerons-nous enfin d’économie sociale ?

Novembre marque officiellement la fin de la campagne électorale fédérale. L’automne fut également un moment de mobilisation citoyenne sans précédent au Québec, les changements climatiques ou plus largement la question environnementale ayant mené des centaines de milliers de Québécois à descendre dans les rues pour manifester un désir de changement. Le moins qu’on puisse dire c’est que l’actualité des derniers mois a été foisonnante d’enjeux collectifs : développement économique, pénurie de main-d’œuvre, diversité, environnement et développement durable sont tous des sujets qui ont fait les manchettes. Largement passée sous silence et pourtant tout indiqué comme réponse à ces enjeux ? L’économie sociale.

Place à l’emploi ! Actuellement, le Québec compte environ 11 200 entreprises d’économie sociale qui, ensemble, génèrent un chiffre d’affaires de 47,8G $ selon le premier portrait de l’économie sociale présenté par l’Institut de la statistique du Québec (ISQ) publié le 29 avril dernier. C’est donc bien réel et bien concret : les entreprises collectives jouent un rôle déterminant dans le développement économique du Québec.

Place à la pérennité économique locale ! Toujours selon le portrait de l’ISQ, près de 40 % des entreprises d’économie sociale québécoises ont plus de 30 ans d’existence et 35 % entre 16 et 30 ans d’existence. Le constat ? Elles affichent une impressionnante longévité qui s’explique, en partie, par un ancrage fort dans les communautés en répondant à leurs besoins. Cet aspect en fait aussi une voie prometteuse pour réimaginer le modèle d’affaires de biens et services essentiels pour la communauté et qui, actuellement, est inadéquat tel que pour le transport interrégional, la diffusion de culture et de nouvelles locales, les services de proximité incluant les soins à une population vieillissante, etc. L’économie sociale, un mode de développement pour et par les collectivités !

Place à la diversité et l’égalité ! Plus de 220 000 employés travaillent tous les jours dans une entreprise d’économie sociale, et ce dans tous les secteurs d’activité, du commerce de détail aux nouvelles technologies. Et tout le monde y trouve sa place, sans égard au genre, à l’âge, à la culture, à la situation familiale ou financière ou à une limitation fonctionnelle. Plus encore ? À l’heure actuelle, exactement 50,5 % des membres des conseils d’administration des entreprises d’économie sociale québécoises sont des femmes. Sans aucun doute, économie sociale, diversité et égalité vont de pair !

Place à la relève entrepreneuriale ! Selon un sondage réalisé par la firme Léger et rendu public par le Chantier de l’économie sociale en août dernier, les jeunes Québécois souhaitent évoluer dans une organisation qui vise d’abord et avant tout à répondre aux besoins de ses membres ou de la communauté, qui a des principes de gouvernance démocratique où chaque personne peut voter, qui améliore la société pour la rendre meilleure et qui offre une grande autonomie dans le choix des tâches. Chers 18-35 ans, l’économie sociale saura assurément répondre à vos attentes professionnelles !

Place à des milieux de vie en santé ! En économie sociale, les besoins des communautés sont et resteront toujours au cœur du modèle d’affaires… Bien avant le profit aux investisseurs. Mettre l’humain au cœur des décisions et penser le développement comme un moyen de répondre de manière durable aux besoins des communautés, voilà nos priorités !

Place à l’économie sociale ! Concilier activité économique et équité sociale, c’est possible. En ce Mois de l’économie sociale, donnons à ce modèle entrepreneurial un rôle de premier plan dans la recherche de solutions accessibles et adaptées aux enjeux des sociétés modernes. En ce Mois de l’économie sociale, posons-nous la question : s’il n’est pas ou peu question d’économie sociale dans le cadre d’une campagne électorale, que les manifestations appelant à changer notre modèle de développement amènent peu d’analyse sur la contribution des entreprises collectives dans ce changement, si on n’aborde ni ne présente l’économie sociale dans les cursus scolaires, quand en parlerons-nous ? Pour nous, le choix est clair : maintenant !

Cette lettre est signée par Béatrice Alain, directrice générale du Chantier de l’économie sociale.