17 septembre 2018

Réhabiliter le patrimoine collectif

La campagne électorale bat son plein et soulève des enjeux importants pour la société québécoise. Comment assurer une réponse adéquate aux besoins des communautés ? Comment soutenir l’entrepreneuriat et un développement économique respectueux des réalités régionales ? Comment faire face aux changements climatiques par une vision d’ensemble et des actions cohérentes ? Déjà, tous les partis s’accordent à dire qu’une partie de ces réponses passeront par des processus qui prendront mieux en compte les besoins et les forces vives des communautés.

Une question à laquelle doivent faire face de nombreuses communautés à travers le Québec est celle de la reconversion de grands immeubles ou d’espaces laissés vacants suite aux départs d’industries, de services publics ou de groupes religieux.  Nous connaissons tous ces immeubles et terrains présents au cœur de nos communautés : monastères, couvents, églises et presbytères ; gares de train, écoles et hôpitaux ; parcs industriels en friche ; sont des lieux qui ont souvent mobilisé les communautés et façonné l’identité collective de celles-ci. Avec les changements sociaux, économiques et technologiques des dernières années, plusieurs de ces actifs immobiliers ont perdu leur vocation initiale mais leur présence au sein de la communauté demeure bien souvent essentielle à la vitalité du territoire. Leur emplacement souvent névralgique, leur qualité architecturale, la superficie du terrain occupée, généraient une participation citoyenne qui animait et construisait la communauté. Ainsi, leur changement de vocation suscite une réflexion sur leur future réutilisation et le meilleur moyen de conserver la vocation collective qui y était autrefois associée. Souvent financés, construits et entretenus grâce à la contribution des membres de la communauté, ces espaces ont joué un rôle prépondérant dans la création d’un tissu social et communautaire un peu partout au Québec.

Afin de conserver le dynamisme des communautés, qu’elles soient dans un quartier urbain ou dans un village, une réflexion collective concernant la destinée de ces immeubles et de ces terrains peut permettre de réfléchir aux projets qui répondraient le mieux aux aspirations locales et dont l’ancrage, l’appropriation collective et la pérennité pourrait assurer de véritables bénéfices aux générations futures.

Or, force est de constater que peu de communautés sont outillées pour mener une véritable réflexion collective sur le devenir de ces espaces et pour soutenir l’émergence de projets issus de ces processus collectifs. D’abord, les exemples de reconversion sont encore méconnus des pouvoirs publics et des groupes locaux qui souhaitent concrétiser leurs aspirations. Souvent complexes, arrimant une diversité d’usages (logements, commerces de détail, espaces de loisirs, espaces de bureaux, espaces communautaires, etc.) et faisant appel à une diversité d’acteurs et d’intervenants, ces projets s’inscrivent dans des échéanciers nettement plus longs que ceux réalisés par des promoteurs immobiliers intéressés par le développement de projets profitables suivant un modèle convenu. Des montages financiers ambitieux, souvent complexes et mobilisant un nombre important de partenaires, une expertise pointue et multisectorielle, des mobilisations locales qui fluctuent à travers le temps : les obstacles ne manquent pas.  

Pourtant, des cas de réussite existent et leurs retombées sociales et économiques sont éloquentes. Au Québec, une mobilisation communautaire autour du redéveloppement de la gare de triage Angus qui appartenait au CN pour répondre aux besoins de la communauté locale a mené à la création du Technopôle Angus dans les années 80 et conduit au développement de tout un quartier en concordance avec les besoins identifiés par les résidents. À Baie-Saint-Paul, la reconversion de la maison mère d’une congrégation religieuse a permis de créer un espace multi-vocationnels pour les citoyens. Ainsi, 16 000 m2 et trois hectares de verdure ont été conservés au sein de la collectivité.

Plusieurs organisations pourraient accompagner les communautés du Québec dans leurs réflexions et dans la mise en œuvre des projets immobiliers qui répondent aux besoins et aux aspirations des collectivités, qu’elles soient petites ou grandes, rurales ou urbaines. L’aménagement du territoire est une enjeu d’importance car il nous ramène à des considérations environnementales, à des préoccupations sociales et au développement économique dans les petites et grandes municipalités du Québec. Si les instances municipales ont un rôle crucial à jouer dans le soutien au projet collectif qui émergent sur leur territoire, le gouvernement du Québec doit assurer une vision et un leadership fort concernant la primauté de l’intérêt collectif sur les intérêts particuliers, une cohérence des actions en matière d’aménagement et de développement du territoire et des ressources suffisantes pour soutenir et accompagner les communautés porteuses d’un projet immobilier susceptible de revitaliser ou de dynamiser leurs milieux de vie.